Les Perles de mon Collier

Ou comment profiter pleinement de chaque instant.

vendredi 9 janvier 2009

Le vent ?

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Non... Le poids de la neige sur ses branches!! Et il est loin d'être le seul à Marseille...

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jeudi 8 janvier 2009

Un an !!!

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Aujourd'hui ça fait un an que je n'ai pas touché une cigarette!
Cette fois c'était la bonne!

Posté par OrangeCannelle à 12:39 - Bonheurs de la Vie - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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mardi 6 janvier 2009

lettre ouverte à Darcos d’un mari dont l’épouse s’est suicidée

lettre ouverte à Darcos d’un mari dont l’épouse s’est suicidée
 

Où comment on traite l’information...

*/Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, Monsieur le Recteur d’académie, Mr l’inspecteur d’Académie/*

*/Je vous remercie des condoléances dont vous m’avez fait part après le suicide de ma femme Muriel, institutrice spécialisée, qui s’est donné la mort dans l’après midi du 6 octobre dernier au groupe scolaire Gambetta de Massy, son lieu de travail./*

*/Je prends le temps de vous répondre, passé le premier choc, pour attirer cependant votre attention sur plusieurs faits qui dans ces circonstances douloureuses ont témoigné de bien peu d’empathie, et de respect des personnes./*

*/Le corps de ma femme n’était pas encore au funérarium, que l’Inspecteur d’Académie convoquait dans les locaux du groupe scolaire une réunion des enseignants, auxquels il enjoignait de n’évoquer “que des problèmes personnels”, face aux questions que ne manquerait pas de susciter un tel événement./*

*/Dès le lendemain, 7 octobre, le Recteur d’Académie divulguait une information du dossier médical de ma femme censé être confidentiel, trahissant ainsi le secret professionnel, au journal de 13h de France 2 et sur RTL le même jour. A cette entorse grave au secret professionnel, s’ajoutaient des informations totalement inexactes qui tendaient de manière allusive à faire passer ma femme pour une dépressive chronique. Ainsi, la moitié de son temps d’arrêt maladie en 2007 n’était pas dû à la dépression mais à une cause médicale bien distincte. Suite à cet arrêt de travail, ma femme a repris son poste en décembre 2007 juste avant les vacances de Noël., et non à la rentrée 2008 comme l’a affirmé publiquement sa hiérarchie./*

*/Ces mêmes interventions publiques et largement médiatisées ont en revanche bien peu fait mention de la compétence et de la qualité du travail de ma femme, reconnues et saluées tant par ses collègues que par les parents d’élèves. Muriel était une femme passionnée par son travail, animée du souci permanent de bien faire et d’une grande exigence professionnelle. Outre sa formation de professeur des écoles et sa formation de rééducatrice, elle avait fait deux années d’études supérieures en lettres (hypôkhagne et khagne,) puis obtenu sa licence de Lettres en Sorbonne. C’est dire que son engagement auprès des enfants dans le cadre des Réseaux d’Aide Spécialisé aux Eléves en Difficulté était un choix personnel qui correspondait à une motivation profonde./*

*/Je peux témoigner, comme tout son entourage, qu’elle souffrait du manque de reconnaissance dont pâtit particulièrement cette catégorie d’enseignants, et qu’elle évoquait souvent, la semaine précédente, l’intention annoncée de supprimer des postes et de modifier profondément le fonctionnement du RASED comme une source d’angoisse pour elle. Que cette intention, enfin, allait totalement à l’encontre du développement de son travail en direction des enfants en difficultés./*

*/Personne ne saura ce qui a pu déclencher son acte de désespoir. Mais la façon expéditive et réductrice qui a été utilisée pour parler de son acte n’a rien à voir avec le respect de la vérité ni de sa personne./*

*/Enfin, si le souci de filtrer l’information semble avoir été primordial pour sa hiérarchie, pourquoi les détails de sa mort ont-ils été divulgués sur les ondes à des heures de grande écoute, sans tenir compte des conséquences possibles pour mes enfants?/*

*/Cet ensemble de considérations m’amène à souhaiter le rétablissement public d’une certaine équité dans la présentation de cette affaire, aussi ma réponse prendra-t-elle la forme d’une lettre ouverte adressé à la presse/*

*/Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, Messieurs, l’expression de ma haute considération ./*

*/ /*

— Patrick Carpentier

Posté par OrangeCannelle à 14:53 - Cris & Pleurs - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 5 janvier 2009

Deuxième texte

Le deuxième texte que nous avons choisi de publier ici est celui d'Hirondelle, qui n'a pas de blog. Il nous a beaucoup plu aussi, je vous laisse juger!


La Sinistrance

Je l’ai vu arriver de loin. La brume jouait encore sur la terre engourdie et un pâle soleil tremblait dans le ciel limpide. L’air était vif et froid.

J’attendais depuis longtemps. Mais tant de jours s’étaient écoulés sans autres visites que celles des animaux de la forêt que les heures ne passaient plus que par habitude. J’avais moi-même cessé de vivre dans l’espoir. Et puis, ce matin là, j’ai senti son approche. Je me suis secouée, chassant avec peine les vestiges de ma torpeur, et je l’ai attendu.

Il était maigre et pâle, silencieux comme un jour d’hiver, pareillement immobile dans son âme fatiguée. Mais sa présence m’était un réconfort. A première vue, je ne savais pas si je devais l’aimer ou le craindre. Alors je l’ai accueilli comme on accueille une promesse. Il s’est arrêté devant moi et a levé son visage. J’avais tant attendu cet instant … Mais ce regard vide me glaçait. Il s’écoula un long moment. Il restait immobile, son terrible regard sur ma façade. Puis, un long frisson parcourut son corps rigide. Il avait enfin perdu cet aspect fantomatique qui m’effrayait, et chutait dans son temps, celui des hommes, vif et fugitif, incroyablement violent dans sa brièveté. La vie reprenait possession de cette enveloppe fragile.

Enfin, il y eut des yeux vivants posés sur moi. Je lus l’incompréhension, la surprise, l’incrédulité. Cela me fit mal, bien sûr. Mais il est vrai que le temps des hommes et le mien sont différents. Je n’avais conscience que de l’absence, pas de sa durée. Il ne me semblait pas qu’une si longue période se fût écoulée entre mon dernier regard habitant et cet étrange visiteur. Avais-je donc tant changée ? Je sus par son regard la réponse implacable. Oui, sans doute aucun, il déchiffrait sur mes murs le sceau indélébile du temps passé.

Etreinte par l’angoisse, le sentiment d’une injustice me frappa comme un orage inattendu. Toute cette patience dont j’avais fait preuve ne serait-elle récompensée que par un nouvel abandon ? Ne devais-je donc m’attendre, après tant de silence, qu’à un refus de plus ? J’avais tant à donner … Tant d’histoires, de secrets, de sagesse accumulés au fil des siècles. Tant de richesses serrées jalousement dans ma mémoire ignorée… Celui-ci qui m’était envoyé, me paraissait si disponible, il avait tant besoin de moi, vierge de tout ce que je possédais en excédent … Et quoi ? A nouveau ma nuit profonde et pesante au coeur de leurs jours lumineux et si brefs ? Etais-je condamnée à jamais à crier mes réponses sans atteindre ceux-là même qui mouraient de ne pas les connaître ?

Un peu de ma révolte dut être perçue par mon vis-à-vis car il bougea enfin, une expression étrange sur son visage crispé. Il vint vers moi, posa sur ma porte vermoulue une main hésitante, puis se décida. D’une poussée légère, presque tendre, il ouvrit la porte et pénétra en moi.

La flamme brûlante de mon amour inassouvi jaillit et le toucha au centre de la pièce où il se trouvait, encore indécis. Il frissonna et jeta autour de lui un regard surpris. Avec circonspection, il nota la poussière, les vieux meubles fatigués qui, comme moi, luttaient contre l’agonie, détruisit machinalement une toile de poussière, évaluant son désir et mon aspect.

J’eus peur alors, comme jamais auparavant. Il était mon dernier espoir. Je ne voulais plus –je ne pouvais plus- attendre la délicieuse musique de pas qui marquent la terre. Je ne voulais plus regarder une silhouette anonyme se perdre dans la brume et le temps, pareillement trompeurs. L’hiver est, depuis trop longtemps déjà, ma saison. Ils ne viennent à moi qu’à cette époque là, comme on se perd dans le faux réconfort d’un refuge bâtard.

Avec un soupir lassé, il s’assit au milieu de la pièce, contemplant d’un œil morne le pauvre environnement. Il resta un long moment avant de se lever enfin, les bras à demi levés, étrange forme arborescente et, de nouveau, sembla sombrer dans cette torpeur qui me faisait pitié. Je lançai un appel pressant, une vibration de toutes mes pierres, et il bougea imperceptiblement. L’arbre foudroyé redevenait un homme.

Après un dernier coup d’œil, il se tourna vers la porte et, d’un pas fatigué, sortit sans un soupir, sans un regard en arrière, les épaules hostiles. Je le suivis jusqu’au premier arbre qui me le déroba, vaincue une nouvelle fois, une nouvelle fois abandonnée, frileusement résignée.

Je ne lui en voulais pas. Lointain était le temps où mes jeunes pierres chaudes d’un soleil ardent vibraient au son des rires et des voix humaines. Je n’étais plus à présent qu’un vieil amas de froides roches, à mi chemin entre l’oubli et le reproche.

Le soir tomba, glacial et magnifique. Jamais soleil ne m’avait paru plus présent que cet astre violemment cramoisi, incendiant la forêt en une ultime étreinte. Les cieux se paraient de teintes inconnues. Le violet et le pourpre s’entremêlaient sans pudeur, narguant les dentelles légères des nuages en voyage, les nimbant d’une aura incandescente.

Avec mélancolie, je me laissai sombrer dans la nuit, m’ouvrant intensément à sa caresse, sentant sur moi sa froide haleine. L’aube fut belle, sans doute, je n’en ai pas gardé le souvenir. Les arbres alentours s’éveillaient lentement, déployant avec grâce leurs branches engourdies. L’air avait cette transparence immobile qui semble le signe d’une attente. Mais je n’espérais plus. Mon âme était aussi glacée que les pierres de mes murs, aussi grise.

Enfermée en moi-même, je n’entendais plus rien. Ce fut le brusque silence qui m’alerta. Il était là ! Debout, tendu en un défi d’enfant, une petite valise posée à ses pieds. Il était là avec son regard blessé, sa bouche close, comme une porte cadenassée par un secret trop laid, attendant, observant, méfiant comme un animal traqué. Il prit sa valise et entra en moi comme la veille, d’un pas lent. Il posa son maigre bagage sur le vieux lit, regarda la cheminée, sortit de nouveau en quête de branches mortes.

Comment décrire cette première flambée, la chaleur soudaine qui m’envahissait, due autant au feu qu’au pâle fantôme de sourire qui animait son visage. Je sais que c‘est là, devant cet enfant d’homme accroupi face aux flammes, sa peau illuminée par les jeux de lumière, que je l’aimai pour la première fois, liant ainsi mon sort au sien.

Abandonné, meurtri, c’est vers moi qu’il était venu, moi qui lui ressemblais tant. Tous ces longs jours désespérés, solitaires, trouvaient leur justification. Je reprenais confiance, il comprendrait bientôt qu’à la semblance l’un de l’autre, nous avions été, depuis le tout début, en quête l’un de l’autre.

Peu à peu, nous nous sommes acceptés. Plus il était farouche et secret, plus je me déployais, conscience alerte, vivante pour deux. Sombre et silencieux, il errait entre mes murs, ne sortant que pour trouver le bois nécessaire au feu.

Une fois –je me rappelle très bien ce matin froid et blanc- il est parti, a pénétré dans la forêt d’un pas décidé et a disparu. Mais j’ai gardé confiance. Ses affaires étaient là, chargées de sa présence et, plus que tout, imperceptiblement, flottait dans l’air comme son double invisible, garant de son retour. Il revint, au début de l’après-midi. Si je fus surprise, c’est par le bruit disharmonieux qui annonça son retour. Je boudai un peu lorsqu’il arrêta devant moi cet engin disgracieux et bruyant qui cassait l’harmonie ambiante. Il dut sentir mon désaccord car il me regarda, puis son regard revint sur la voiture. Il haussa légèrement les épaules, se tourna à nouveau vers ma façade et mon âme chavira. Il m’emprisonnait dans son regard. Pour la première fois, je le sentais curieux d’un avis, ses yeux exprimaient l’attente. Désarmée, j’oubliai aussitôt la voiture et lui pardonnai. Aussitôt, il me libéra, retourna vers le coffre et en sortit de nombreux objets, dont une hache.

Il entrait en possession de son nouvel univers, s’installant sans hâte. Il n’y avait pas de joie encore. Mais le brouillard sur son âme, se levait un peu, pas encore vaincu, mais déjà affaibli.

Les jours ont passé. Je le regarde faire quelques pas hésitants dans la forêt. Il revient et s’asseoit sur un rondin de bois, le dos frileusement adossé à ma façade. Je veille sur son sommeil, souffrant de son agitation, haïssant les cauchemars qui humectent son front, crispent ses poings. Il part rarement loin de moi, touchant l’écorce des arbres comme pour se convaincre de leur réalité, lève aux cieux ses yeux, sans prononcer un mot.

Un jour, il s’est agenouillé sur la neige et y a posé sa main, sans paraître en ressentir le froid. Il l’a laissé ainsi, observant sans passion la fonte du manteau blanc. Quand la terre apparut, il a retiré sa main avec un sursaut, est rentré rapidement et s’est allongé sur le lit. La journée est passée sans qu’il bouge, les yeux fixes. Et je savais qu’il errait dans son cauchemar, en cherchant l’issue, hurlant sa solitude, affolé par ce monde dont le tangible n’arrivait pas à l’atteindre. Mais ces crises se font de plus en plus rares et de moins en moins violentes. Vigilante, je suis devenue le refuge absolu où rien ne saurait l’atteindre, où le drame intérieur qui se joue en lui et le malmène ne le croche plus avec la même sûreté. Tout ce qui lui restait de confiance, il l’a déposé en moi. Je suis la seule à connaître sa vulnérabilité, à moi, il accepte de crier son besoin d’aide.

Il ne s’est jamais posé de question sur moi. Par quel miracle suis-je venue à la conscience ? Je l’ignore et lui ne peut me répondre. Jusqu’à sa venue, je n’en comprenais pas la raison, subissant malgré moi un état impossible. A présent, sa présence m’est une certitude. Je suis comme sa mémoire, le seul point d’attache qui l’empêche de se perdre dans je ne sais quels ténébreux océans. Et il est mon cœur, battant éperdument, follement, gorgé d’amour, assoiffé de contact.

Quel terrible secret l’a fait fuir ses semblables, haïssant les vivants et ce qu’ils représentent ? Dans quel univers de folie s’est-il laissé absorber et pourquoi ? Quelle blessure l’a ainsi rejeté hors de son monde ? Il nous faut trouver la réponse, reforger, à force de patience et d’attentions, la clef perdue. Je n’en ignore ni les risques, ni les conséquences possibles. Mais ais-je vraiment le choix ?

Le moindre rayon de soleil le jette dehors, éperdu, ses yeux immenses dévorant la lumière sans s’en rassasier. Il mange peu, sans appétit, l’air absent. La neige est partie, libérant la terre de son sommeil profond. Et il me semble qu’il est chaque graine qui percera bientôt la gangue chaude pour émerger, triomphante, à la lumière du jour.

Parfois, il prend la voiture et part, sans un mot, sans un regard en arrière. Et chaque fois, je tremble à l’idée du non retour. Avec lui, j’ai appris à vivre à un rythme étranger. Mais chaque fois, il revient, sortant ses achats de sa voiture, les dispersant au hasard dans la pièce, pour ne plus s’en occuper. J’ai longtemps cru qu’il voulait se ré habituer au contact de ses frères pour, le jour venu, retourner vers eux. Mais ce n’est pas cela. Il n’y a chez lui aucun désir de retour en arrière. Sans doute mesure t-il la réalité de sa vigueur neuve, la teste t-il au travers de ses visites éclairs dans le village d’en bas.

Je me souviens de ce jour où il est ainsi parti. La terre était encore nue. Nulle ombre de pousse verte pour en égayer le strict manteau brun. Il est revenu, plus blême encore, les yeux toujours aveugles, la démarche engluée. Il est resté un long moment à regarder la forêt puis est entré et s’est laissé tomber au milieu de la pièce, comme au tout premier jour. Pris d’un soudain accès de rage, il a martelé le sol de ses poings, sa bouche toujours close laissant fuser de temps à autre un petit cri. Puis il s’est laissé glisser à terre et après un bref instant de suffocation, vinrent les sanglots, durs, rauques, qui m’atteignaient autant qu’ils le déchiraient. Quand il eut repris son calme, il a relevé la tête. Ses yeux rougis fixés sur la fenêtre, il a regardé sans voir. Puis, il s’est levé et a fermé les volets, bloquant la porte sur lui, attirant l’ombre.

Un noir profond régnait. Je ne savais pas si cela correspondait à l’obscurité qui le maintenait prisonnier à l’intérieur de lui-même ou si c’était l’insupportable joie de la lumière qu’il fuyait ainsi. Mais il s’était apaisé. Il s’est allongé sur le sol, dédaignant le lit. Je sentais son corps brûlant, la crispation rythmée de ses mains, le poids de sa souffrance, sans en comprendre la raison. Je me suis alors fermée au soleil, suis entrée dans sa nuit et l’ai bercé sans impatience. Confusément, je sentais qu’il avait réagi ainsi qu’il le fallait. Son unité disloquée ne pouvait se refaire sous l’insolent regard d’un univers dont il s’était exclu. Il lui fallait plonger au plus profond de lui-même, renier le temps, oublier tout souvenir, se reconstruire lentement, sans douleur ni passion.

Abolis le temps et l’espace, il ne restait que lui … et moi. Lui, brisé de souffrance et de peur, hésitant pourtant à se dépouiller totalement et moi, solide, familière, seule présence consentie parce que muette, sans reproche, sans conseil. Combien de fois tomba la nuit, la vraie, celle de l’extérieur, sur mon silence palpitant ? J’étais à ses côtés, dans une ténèbre bienfaisante, pour lui recréant sa naissance, le lent voyage de l’esprit vers la matière. Il bougeait quelquefois, gémissant dans ses cauchemars, ouvrant et fermant spasmodiquement les poings. Il ne mangeait pas, se désaltérait quand la soif devenait trop forte. Les bouteilles d’eau, vides, gisaient à même le sol. Il n’était plus que rêves et je rêvais aussi.

Oh quelle belle nuit … Quelle terrible nuit ! Je le voyais abandonné, son corps ruisselant d’un feu sublime. A d’autres moments, il semblait écouter, les yeux creusés dans son visage, son regard tout entier en dedans, y écoutant je ne sais quelle musique. Des spasmes de douleur le courbaient quelquefois, dents serrées, corps refusé. Ses vêtements abandonnés gisaient à terre, absurdes et oubliés. Naufragés d’un mystérieux voyage, nous nous laissions ballotter au gré des tempêtes qu’il déchaînait.

Il remua enfin, faiblement. Il était amaigri, affaibli. Mais son regard d’abord flou, reconnut enfin l’endroit où il était. Il respira à grandes goulées et son souffle se fit soupir. Il n’était pas serein. Pas encore. Mais apaisé, à peine, assez pour reprendre la route sans se laisser dévier par les pièges sournois. De notre long voyage, il avait ramené une force dont il ne prenait pas vraiment conscience.

Les volets et la porte restèrent clos. Non plus fuite, mais répit, le temps d’apprécier ce qui avait été abandonné et d’apprendre ce qui était offert.

Il ne se retrouvait pas. De l’ancien, il ne restait pas même l’apparence. Son corps avait fondu, emportant avec lui l’angoisse et la rage. Sa souffrance l’avait épuré, le préparant à la reconstruction.

Ainsi passe le temps, rongeant, adoucissant les angles.

Je le regarde, amoureuse, fière, maternelle. Ce bateau en perdition avait largué ses amarres dans un formidable arrachement de son être. Il a trouvé une nouvelle dignité. Il reste encore souvent en moi, méditant, les yeux clos, se balançant doucement au rythme des mots qui encombrent sa tête, écrivant sa mémoire comme sur une page blanche. Mais rares sont les jours où il ne sort pas, se perdant dans les bois, à l’écoute de quelque son mystérieux, d’un envoûtant appel. A la nuit, il revient. Songeur. Au bord des yeux, hésitant comme une larme incertaine, brille une sorte d’étonnement heureux. Il accepte le jour et la nuit comme autant de repères familiers qui n’ont de sens que pour lui, et renferment en leurs plis d’étranges secrets à lui seuls révélés.

Une nuit –je m’en souviens- le jour avait été trop riche sans doute. Même le silence complice n’arrivait pas à l’apaiser. Il s’est levé, a pris son blouson et est sorti dans la nuit froide. Il a levé les yeux au ciel et j’ai senti sur moi, en moi, dans le velours de l’obscurité, ce long soupir qui prenait son envol, jaillissant de lui, oiseau trop longtemps captif. C’était comme s’il n’avait jamais vu les étoiles auparavant. Il en recevait l’impact d’une joie délirante, d’une reconnaissance trop longtemps différée et cette jubilation qui le possédait tout entier était trop grande. Il a chaviré au sol et est resté ainsi longtemps, sans se soucier du froid qui montait de la terre, écoutant le chant des étoiles, rêvant d’autres départs, de rivages encore vierges.

Il avait oublié. Lui, le monde, moi. N’était plus que regard dévorant l’infini, jeune âme assoiffée voguant sur une mer sans limites.

A présent, son regard est autre. L’illusion, vaincue, a fui sans un murmure. Il a franchi la Porte et ses pas l’ont porté vers un ailleurs sans fin. Je dois donc commencer à me retirer, me préparer à son départ. Et si mes pierres, soudain, sont enchâssées de givre, ce n’est plus la saison qui en est cause.

L’hiver meurt doucement et moi, je l’accompagne, sans regrets ni colère. Je l’ai vu arriver et il n’était alors que noire sinistrance, occultant la lumière et s’en sentant blessé. Doucement, gravement, il a pris conscience de n’être pas que cette plaie béante, ce néant d’humain. Peu à peu, il a remonté cette pente vertigineuse qui s’enfonçait en lui, le vouait à l’oubli. Il a touché sa propre vérité, l’a sentie, reconnue, acceptée. A présent, j’assiste, émerveillée, à la naissance d’un être nouveau, encore fragile, dont la lumière éteint le plus beau des soleils. Bientôt, viendra l’envol.

L’un et l’autre, l’un avec l’autre, nous avons appris à lever les yeux, à franchir le rideau d’apparences. Mémoires évanescentes de nos pesants hiers, témoins fragiles des brumes de nos rêves, déserts longs et gris en mal d’océan, nous sommes libérés, peut-être séparés et pourtant, je ne peux m’empêcher la joie de déferler en moi en vagues sauvages.

Il se tourne vers moi et je pressens que c’est son dernier regard, notre dernier matin. Il m’offre son sourire, le premier qui soit vrai, venu du plus profond de lui. Une dernière caresse s’attarde sur mes pierres. Je ne le regarde pas partir. Je sais qu’il ne part pas vers les hommes et de ce départ qu’il a tant attendu, nul ne sera témoin.

Je garde ma vision de lui ce premier jour, et son dernier sourire. Quand ? Hier ? Et je me sens verser, sans l’avoir demandé, sans avoir seulement osé l’espérer au cœur d’une présence qui a toujours été.

De lui, la terre ne gardera aucune trace. L’herbe qui perce à peine ne le connaîtra pas. De moi, il restera des pierres friables et éparses, ruines enfin tranquilles, dormant d’un vrai sommeil, sans mémoire ni rêve.

 

Posté par OrangeCannelle à 21:18 - Lecture/écriture - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 1 janvier 2009

Jeu d'écriture!

Tout d'abord, veuillez avoir l'obligeance d'accepter mes voeux pour cette année 2009. Il semblerait qu'elle soit porteuse d'événements joyeux, mais ça je vous en parlerai un autre jour.

Et ensuite, les résultats tant attendus, promis avant 2009 (mea culpa), du dernier jeu d'écriture dont vous retrouverez les consignes ici. Le débat avec mon cher et tendre fut difficile, mais pas sur la nouvelle gagnante, se trouvant être bien au-dessus des autres : celle que m'a envoyée Zofia. Elle gagne un petit cadeau et la publication de son texte ici-même.

Voyez vous-même ci-dessous, comme ce texte, déjà doté d'une belle écriture, nous tient en haleine jusqu'au bout... Et donne envie de crier à l'injustice!

La difficulté s'est montrée lorsque nous avons décidé de publier deux autres textes pour montrer un peu la variété obtenue... Vous les lirez ici dans les jours qui viennent!

Le texte de Zofia :

Maux muets

Cela faisait presque 3 jours que la pluie n’avait pas cessé de tomber. La boue avait tout recouvert et l’humidité collait à tout, la végétation, les animaux, les gens. Trois jours que je regardais mon père rentrer, ruisselant, glacé, les bras chargés de bois coupé. Malheureusement, il ne serait pas utilisable avant plusieurs mois.

Ma mère s’affairait à la maison, nettoyant la terre et l’eau qui s’engouffraient par le toit, la porte et les fissures. Le vent soufflait, je croyais que la maison n’allait jamais tenir. Notre vieille maison où grand-mère était morte, où j’étais née. Un taudis mais je n’avais rien connu d’autre. Une grande pièce, un mobilier dépareillé, défraichit et pas d’intimité. 

A ma droite, sur le grand mur du fond, il y avait la cheminée, qui tirait plus que de raison. En face, le lit de mes parents et au milieu une grande table en bois qui séparait l’espace ; ça et là quelques meubles épars, des rangements, une petite commode, une malle contenant la robe de mariée de ma grand-mère. Je n’avais pas le droit d’y toucher mais je l’imaginais parfois, en me disant que peut-être je porterais son voile, un jour.

Faisant face à la cheminée, la porte d’entrée et sur la droite en entrant, nos deux lits, faiblement séparés, juste la place pour le pot de chambre.

Gaëtan ne voulait pas dormir à côté de la fenêtre, il avait peut que le diable l’enlève.

Il en parlait souvent. Du diable.


La cheminée grondait mais ne suffisait pas à me réchauffer. Cela paraissait logique puisque depuis trois jours, j’étais là, postée à la fenêtre, à attendre. Attendre que le temps s’arrange, que je puisse retrouver la liberté du grand air et du travail aux champs. Avec cette pluie, impossible de faire quoique ce soit, l’obscurité du ciel et le manque d’éclairage rendaient tous travaux intérieurs quasiment impossibles.

J’attendais. Quand il y avait une accalmie, je sortais rapidement faire un tour dans l’étable, jeter un œil angoissé sur les vaches. Le foin n’allait pas tarder à manquer, la récolte avait été plus que mauvaise. Je ne rêvais pas d’une autre vie, je ne connaissais que celle-là, je ne connaissais rien.

Le troisième jour, mon frère est rentré plus tôt que d’habitude du village. Il avait l’autorisation de sortir malgré la pluie et le risque d’attraper une pneumonie. J’étais jalouse de cette liberté. Je crois que mon père voulait me préserver. Il comptait sur la dot de mon mariage pour améliorer son quotidien.

Il est rentré plus tôt et depuis ce troisième jour de pluie de cet automne déplorable, il n’a plus ouvert la bouche. Je n’ai plus entendu le son de sa voix. J’ai mis longtemps à comprendre les raisons, trop jeune, trop insouciante, trop malheureuse. Pourtant c’était à cause de moi, malgré moi, que tout le monde avait compris.

C’était le 13 novembre 1912, en plein hiver aveyronnais.

Gaëtan avait 8 ans depuis quelques mois, il allait au village 3 jours par semaine, suivre une instruction rudimentaire alternant classe et religion. Il était plutôt bon élève mais préférait nettement aider à la ferme. Il n’était pas encore assez fort pour s’occuper de tous les travaux possibles mais il était malin et pouvait réussir là où on ne l’attendait pas. Il savait surprendre, du moins, il me surprenait presque toujours, mon père en était fier. Il savait que la ferme serait entre de bonnes mains après sa mort. Tout aurait du être parfait.

La vie à la ferme n’était pas facile mais je savais que ma vie ne s’y ferait pas, j’attendais d’être mariée. Contrairement à Gaëtan qui s’extasiait de chaque chose nouvelle, de chaque nouvelle naissance, de chaque œuf pondu ou de chaque carotte ramassée. Il était petit mais il me manquait déjà. Son sourire me manquerait.


Ce jour de pluie où Gaëtan rentra plus tôt, il était terrorisé. Il s’est tu comme si le diable lui avait coupé les cordes vocales, il le craignait tellement.

Au début, personne ne s’en est vraiment rendu compte. Mes parents s’affairaient et je rêvassais. Au repas, il n’a ouvert la bouche que pour manger.

Dans l’obscurité de la soirée, j’ai entendu mes parents parler. Ils se demandaient de quelle façon le punir pour son manque de politesse. Je croyais que son effronterie ne durerait qu’un temps, je m’interrogeais sur les raisons de sa rébellion. Je pensais que le lendemain, il parlerait.

Mais rien n’y a fait, ni les menaces ni les coups de ceinture de mon père. Il n’a pas versé une larme de la journée.

La pluie s’est calmée et la vie a pu retrouver un semblant de normalité. Je sortais aider, les réparations dues aux intempéries étaient multiples, mon frère faisait ce qu’il pouvait du haut de ses huit ans. Le silence était toujours de mise.

La colère a fait place à l’inquiétude. Ma mère invoquait la vierge marie, mon père ruminait sur un virus qui lui aurait rongé les cordes vocales. Intérieurement, je savais que ce silence n’était pas normal, je ne savais pas de quoi il en retournait. Jusque là mon frère n’avait aucun souci pour se confier. Il me racontait ses journées et ce qu’il aimerait faire. Mais j’avais droit au même mutisme, ma douceur ne l’amadouait pas. Mon regard suppliant non plus. On hésitait à aller chercher le médecin du village.

La nuit suivante, je me réveillais en sursaut et dans le noir, j’entendais gémir. J’ai su que cela venait de Gaëtan. Il bougeait dans son lit, en proie à des cauchemars, des mots se bousculaient, incohérents, parlant de diable, de messe, de ténèbres. Angoissée, je regardais son corps tout frêle, trembler de sueur sous les draps.

Le lendemain, j’en parlais à ma mère. Ce qui la décida à envoyer mon père chercher le docteur.

Qui n’en conclut rien. Il ne connaissait pas de maladies qui rendaient muet, il n’a pu que constater que Gaëtan se portait bien, à part une fatigue due à ces mauvaises nuits. La visite avait coûté les sous de la semaine et Gaëtan ne parlait toujours pas. Son regard avait légèrement changé mais il m’a fallut attendre cette visite pour le remarquer.

Les jours se sont transformés en semaines, Gaëtan n’allait plus au village, même avec mon père. L’inquiétude mes parents était toujours très forte mais elle était accompagnée d’une douce résignation. Ma mère pleurait parfois et Gaëtan faisait toujours ses mauvais rêves.

La veille de Noël, tout a basculé. Mon père a craqué. La colère a pris le pas sur son apparente indifférence. Les cris étaient atroces, les douleurs aussi. Personne ne dormit vraiment.

 La fatigue finit par avoir raison de la colère paternelle. Mon père s’écroula au milieu d’une phrase. La tempête familiale se calma, au moins jusqu’au lendemain.

Quelques heures plus tard, j’émergeais la première, nauséeuse et bouleversée, à l’aube du jour de Noël le plus important de ma vie. Cet instant où la nuit se retire, il ne fait plus noir mais il ne fait pas jour. Il faisait un gris terne sans soleil, depuis, l’aube fait partie de mes heures préférées, avant que tout arrive, où tout est presque oublié.

Je sentais que tout serait différent.

Gaëtan dormait, toujours agité. Je le regardais. Mon regard accrocha sa main. Il tenait une page de cahier déchirée, des crayons étaient à terre. Je voulais voir mais je ne voulais surtout pas le réveiller. J’attrapais doucement le bout de papier. Le dessin était sommaire, sans grâce, presque schématisé. Inconsciemment, je compris ce qu’il en était mais ne voulu pas le voir. Pourtant le dessin était sans équivoque, simple mais limpide.

Gaëtan était dessus, je l’ai reconnu à ses cheveux roux, nu, sa bouche était dessinée comme clouée avec des croix noires. Il avait dû beaucoup appuyer avec le crayon, le papier était presque troué. Des diables étaient dessinés partout sur le reste de la page. Et un homme, dont l’habit le rendait facilement identifiable, posait ses mains sur le corps de Gaëtan. Elles étaient partout, Gaëtan en avait dessiné plusieurs. L’homme portait sur la tête des cornes de diable, son sourire était maléfique.

Il était habillé d’une soutane.

Un cri m’échappa.

Je savais que tôt ou tard, mes parents tomberaient sur le dessin. Je ne pensais pas que ça serait si vite…

 

La mère surprit mon cri, se leva et en une seconde, regardait le dessin par-dessus mon épaule, vaguement effrayée.

A partir de là, l’agitation ne cessa plus.

Elle réveilla mon père en pleurant, elle réveilla Gaëtan en lui montrant son dessin. Toute la crainte du monde se lut dans ses yeux. Il savait que ça serait grave mais jamais il n’aurait pu imaginer à quel point.

On trouva d’autres dessins fait par Gaëtan, tous du même genre. Impossible de savoir depuis quand ils étaient là, depuis combien de temps cela durait. Ma mère glissa tout dans son sac. Elle disait qu’il fallait tout brûler, que personne ne devait jamais être au courant, si au village quelqu’un l’apprenait tout basculerait.

 

Je me demandais comment elle pouvait agir de la sorte, ce qui la motivait. Oh bien sûr, du haut de mes quatorze ans, je ne me doutais pas des conséquences. La honte, la réputation, je ne connaissais pas. Je vivais mes dernières heures d’insouciance dans la tristesse.

Je pensais à Gaëtan, à son changement brutal. Pourquoi tout avait changé d’un coup. Visiblement, nous n’avions rien vu mais ce qui se passait avec le prêtre durait, au moins depuis la rentrée scolaire. Deux longs mois. Comment je n’avais rien vu, rien compris. Je me vantais être celle qui le connaissait le mieux et je me rendais compte qu’il avait souffert dans la solitude, sans oser se confier. Gaëtan et ses yeux verts, curieux devenus craintifs, ses cheveux roux, ce n’était encore qu’un enfant. J’en étais malade. Mon impuissance me rendait furieuse.

Je l’entourais de mes bras durant toute la journée, en susurrant des berceuses dans le creux de son oreille. Il sursautait parfois, s’assoupissait sans calme.

Mes parents cherchaient à dissimuler ce qu’ils se disaient. Mais ils ne pouvaient cacher la tension qui perçait dans leurs phrases, les pointes d’aigu, les hoquets de sanglots, les débuts de cris.

Le repas de Noël se fit sans goût.

J’habillais mon frère pour partir à la messe. Il tremblait, je n’entendis pas la sonnette d’alarme qui hurlait au fond de mon cœur. Je voulais trouver du réconfort dans le froid glacial de l’église, dans les cantiques, dans le regard de Marie. Je croyais que tout pourrait se réparer.


La pluie de novembre avait cédé la place à la neige. Le froid était perçant, brûlant. Heureusement que le vent ne soufflait pas.

Devant l’église se tenait tout notre petit village. Tout le monde venait à la messe de Noël. Il y avait ceux qui y croyaient vraiment et ceux qui ne voulaient pas se faire remarquer. C’était un peu notre cas. Mais ce soir, j’allais y chercher plus que de la reconnaissance.

Le prêtre dans son bel habit de fête, commença son sermon. Gaëtan ne cessa pas de pleurer tout au long de la messe. Je le regardais en coin. Sa tête était baissée, il pleurait en silence, doucement. Mes parents plongés dans la prière, dans le doute et dans l’absolution demeuraient fermés à la douleur de Gaëtan.

 

A la sortie de l’église, l’homme de dieu saluait les fidèles. Nous attendions pour sortir. Il y avait du monde devant nous. Je le voyais se rapprocher et j’appréhendais.

Ça y est, c’était à nous. Gaëtan se figea quand le prêtre approcha la main de ses cheveux. Il était devenu un bloc de cristal, immobile de dureté et d’angoisse.

Tout se passa très vite.

Gaëtan hurla. J’en restais pétrifiée. J’entends encore son « SALE DIABLE ! » sortir et parcourir toute la voûte de la chapelle, rouler de résonance et s’éteindre après ce qui me parut être une éternité. Sa voix qui m’avait tant manqué. Elle n’avait plus rien de sa douceur enfantine. Elle était rauque, troublée et si puissante.

Il se remit à hurler, des propos que tout le monde prit pour des incohérences, mais que je compris très bien.

Ma mère s’était décomposée, mon père devint fou. Il chercha à faire taire Gaëtan par tous les moyens. Il l’assomma presque en lui donnant une gifle. Cela calma les cris mais pas les pleurs. Mon Gaëtan était sous le choc, de la rencontre, de la gifle, de l’émotion qui le submergeait. Comment gérer ça quand on a huit ans ?

L’explosion de mon frère avait ramené tout le village dans l’église, tous regardaient, chacun était sur ses gardes. Il y avait de la tension, on aurait dit un duel déséquilibré.


Mon père se confondit en excuses, le prêtre le regardait, moitié conciliant moitié offensé. Son regard était dédaigneux. Sa voix était glaciale quand il demandait comment Gaëtan pouvait oser le traiter de cette façon, lui qui faisait tant de choses pour cet enfant, pour notre famille.

A ce moment-là, je fis probablement la chose que j’ai le plus regrettée de toute ma vie. Je montrais au prêtre, au maire, aux villageois un des dessins de Gaëtan.

Le murmure grandit. Mon père décocha une nouvelle gifle. La force du coup rendit ma joue rouge vif et les yeux me piquèrent. Je restais de marbre.

Le dessin était au sol. Le prêtre se baissa et le ramassa doucement. Et dans un rictus mauvais décrit l’image à voix haute, rajoutant des annotations personnelles : « Gaëtan est un enfant difficile, il met du temps à apprendre, je crois bien que notre seigneur ne l’a pas envoyé sur terre pour qu’il fasse des études. L’instruction se doit d’être réservée aux personnes qui le méritent. Gaëtan descend vers les enfers alors qu’il n’a que huit ans. Ne lui en veuillez pas, il est… possédé. Ce n’est pas sa faute, sa famille est une bénédiction pour le démon, infidèles, pêcheurs… Nous devons leur pardonner cet écart. »

Même si le contenu était conciliant, le mal était fait. Personne ne nous regarderait plus de la même façon. Ceux qui avaient des doutes, entendaient là une confirmation. Les autres entendaient la conscience de Dieu dans les paroles d’un vieillard.

Nous serions des parias, des exclus. La vie au village deviendrait encore plus difficile à supporter. Mon esprit connaissait déjà toutes les conséquences. Personne ne voudrait plus nous acheter les produits de la ferme, ma mère aurait du mal à se fournir en nourriture. La peur d’être contaminée serait trop forte, tenace comme de la suie et glaciale comme un matin de janvier.  

 Les choses se calmèrent peu à peu. Le discours du prêtre avait expliqué la situation, rétabli l’ordre et donné des raisons au comportement de Gaëtan. Des raisons qui satisfaisaient tout le monde, y compris mes parents. Honteux de l’évènement, ils balbutiaient des regrets à l’assemblée avec des regards éplorés, condamnés, et sincèrement malheureux. Pas pour les bonnes raisons.

 De retour à la maison, l’atmosphère était extrême, à la fois insensible et terrifiante. Je couchais un Gaëtan fiévreux. Je me collais contre lui dans l’espoir que mon corps le réchauffe un peu. Tout était froid, de son âme à ses pieds.

L’avenir sentait mauvais et je n’avais pas envie d’être à demain.

 

A notre réveil, la ferme était vide. J’écoutais les bruits du dehors. Le hennissement d’un cheval, une phrase de mon père, je jetais un œil à la pièce. Il ne restait rien, en dehors de notre lit. Mes parents avaient décidé, on allait déménager. Il me semblait que cette solution était la meilleure. Rester dans ce village où tout allait être difficile, la méfiance devenant le point commun des habitants, c’était le meilleur pour Gaëtan. Je voulais retrouver mon petit frère.

 Lorsque tout le monde embarqua dans la charrette que mon père avait achetée, je jetais un dernier regard sur ce que j’avais connu de mieux en 14 ans de vie. Je remarquais que la maison n’était pas complètement vide. Il restait le lit de Gaëtan.

Je ne m’en inquiétais pas, ou tellement peu qu’aujourd’hui, j’ai oublié. J’aurais dû me manifester, sentir quelque chose.


Aucun de nous ne prononça un mot. Nous avancions lentement, la température était basse, rendant la progression délicate sur les petits chemins. J’ignore combien de temps il s’écoula avant que nous stoppions.

Autour de nous, la forêt, un carré d’herbe gelée, un entrelacs d’arbres sans feuille et plusieurs chemins. Le ciel était bleu. Il me semblait entendre le bruit d’un cours d’eau mais je n’ai jamais su si c’était vrai. Ça aurait pu être un dimanche en famille.

Mon père descendit, attrapa Gaëtan et un sac qu’il lui remit. J’avoue ne pas avoir compris de suite la signification de ce geste.

Le dernier regard de mon père à Gaëtan a été un échange muet. Il y avait de la souffrance, de la peur et du désespoir chez Gaëtan. Chez mon père, en revanche, c’était de la résignation, de la déception et de la honte.

Le cheval est reparti et ma mère me tenait fermement. Aujourd’hui, je revois la scène au ralenti avec de l’horreur dans les yeux. La culpabilité m’a rongé.


La dernière image que j’ai de Gaëtan est celle d’un enfant déboussolé, dans une clairière, un matin d’hiver 1912, abandonné.

Abandonné par les siens.

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samedi 20 décembre 2008

Une petite semaine...

Quelle chance j'ai de pouvoir monter à Notre Dame de la Garde à pied un mercredi, et voir le Marché de Noël de Strasbourg la semaine suivante!

marche_de_noel_strasbourg

Passez tous de bonnes fêtes, et pensez aussi à vous reposer...

Posté par OrangeCannelle à 15:59 - Bonheurs de la Vie - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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mardi 2 décembre 2008

Ecriture : rebelote!

Je soutiens Libertepoursantos.com !

17 décembre. Nous nous excusons pour le temps que prend notre lecture... Il y a du choix et c'est difficile de s'accorder! En tout cas, j'espère que je pourrai publier le(s) résultat(s) avant 2009! :)

02 décembre. Désolée, je ne prends plus aucun texte... J'ai assez précisé que cette fois je n'attendrai pas! Nous vous donnons donc rendez-vous le week-end prochain ici-même pour la "remise des prix" et la publication du premier texte. Je pense qu'on en publiera trois, mais vous pouvez bien sûr publier le votre sur votre blog :)

01 décembre. Vos nouvelles sont attendues pour ce soir, avant 23h59! Merci :)

27 octobre. Les inscriptions sont finies, nous attendons dorénavant vos textes dans ma boîte mail jusqu'au lundi 1er décembre dernier délai (je n'attendrai pas après les retardataires comme au jeu précédent, surtout si c'est pour ne plus avoir de nouvelles au final, de ceux que j'attends).

16 octobre. Fin des inscriptions dimanche 19 au soir, minuit (faut bien que je vous donne une date fixe!)... Vous aurez jusqu'au 1er décembre pour m'envoyer vos textes...

9 octobre. J'attends toujours des inscriptions, vous avez encore quelques jours!

30 septembre.
Suite à plusieurs demandes, j'organise un nouveau jeu d'écriture. Cette fois, votre nouvelle se déroulera au moins partiellement dans la maison de l'image ci-dessous...


VanGogh15


Les règles seront les suivantes :
- Il y a au moins deux personnages
- L'un des personnages est muet (soit muet, soit sourd-muet, soit il a la capacité de parler mais ne parle pas dans votre nouvelle)
- L'action se déroule lors d'une soirée d'automne ou d'hiver.

J'attends vos inscriptions jusqu'au 20 octobre dernier délai, et toutes les nouvelles doivent m'avoir été envoyées le lundi 1er décembre.
Pour vous inscrire : joignez-moi via "contacter l'auteur" sur la colonne de droite du blog, ou bien écrivez directement à eklosa[arobase]gmail[point]com.

Le ou les gagnants, toujours selon un jury composé de Gérald et moi, aura l'immeeeense
 
honneur de voir sa nouvelle publiée ici-même et de recevoir un cadeau à la maison.

A vos stylos!

Tableau :
Vincent Van Gogh, "La Chaumière" 1885,
Huile sur toile 65,5 x 79 cm, Van Gogh Museum, Amsterdam.

Posté par OrangeCannelle à 13:13 - Lecture/écriture - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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vendredi 21 novembre 2008

Des nouvelles du front

LUI_088

La vie, c'est marrant. Il y a des moments d'attente qui paraissent si longs... Et des moments où tout vous tombe dessus en l'espace de quelques jours. J'ai posté une petite lettre à l'inspection académique, et voilà que je suis embauchée! Évidemment, ce genre de nouvelle tombe toujours quand vous avez des tas de choses à gérer, alors que les deux mois précédents étaient beauuuuuuucoup plus calmes!
Nous avions ma Mamy en visite une semaine, ce qui implique forcément sorties, tourisme, etc, mais il a fallu qu'ils veuillent de moi tout de suite. Finalement, j'ai réussi à commencer ce lundi... Avec moult paperasse, visite médicale, coups de fils à effectuer.

Mon poste ? Ce n'est pas le métier de ma vie, mais plutôt un premier pas sur le terrain. J'ai charge toute la journée (enfin à mi-temps) d'un enfant handicapé, en l'occurrence un petit garçon autiste et une petite fille déficiente visuelle. Je veille à ce qu'ils puissent avoir une scolarité presque ordinaire. Le travail me plaît. Il m'ouvrira sans doute des portes dans ma recherche de métier. Entre l'éducation et le soin...
De plus, j'ai été affectée dans deux écoles toutes proches de chez moi.

J'ai une grande facilité avec les enfants. Reste à voir combien de temps il me faudra pour m'intégrer dans l'équipe éducative. Vu ma timidité (en diminution) et l'habitude marseillaise de beaucoup parler, ça ne devrait pas mettre trop de temps. Toutefois, je sens qu'il y a quand même un cap à passer...

La fatigue s'est fait ressentir très vite, par ailleurs... Il va me falloir un peu de temps pour prendre un rythme, d'autant plus qu'hier, je n'y suis pas allée, école fermée pour cause de grève! Et encore une fois, c'est une grève que je soutiens de tout mon cœur.

Je pense abandonner au plus vite les triplés pour lesquels je fais de l'aide aux devoirs tous les soirs... Sont sympa, mais tellement hautains déjà à six ans... Je frôle la colère certains soirs, ces gosses de riches sont insupportables! De plus, à leur école (privée), la méthode de lecture b-a-ba (syllabique) a toujours cours... Je vois bien que c'est très difficile pour eux d'apprendre avec cette méthode, surtout que leur motivation est souvent bien basse ("la télé c'est plus facile")... Mais je ne peux pas changer de pédagogie, ce serait pire!

Pour compléter les nouvelles, il me faut ajouter que pour la première fois depuis des années, je n'ai pas échappé à la gastro nouvelle. Cerise sur le gâteau, je l'ai gentiment refilée à Gérald!

PS. Je vous conseille ordonne d'aller faire un tour sur ce blog : "Mon beau sapin" créé par la talentueuse Pénélope Jolicœur! Et d'y retourner au moins une fois par jour jusqu'à Noël, pour votre plaisir et pour celui des enfants de familles défavorisées.

Posté par OrangeCannelle à 20:22 - Info - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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vendredi 7 novembre 2008

Marseille sous les nuages

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Vue imprenable de la météo ce matin...
Une partie de la ville était sous un nuage très bas!

Posté par OrangeCannelle à 09:23 - Bonheurs de la Vie - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 3 novembre 2008

The Women City... Un truc de filles...

J'ai découvert récemment une nouvelle façon de faire du shopping sur la toile... Il y a des années que j'achète sur Internet, mais voilà une idée innovante qui m'a séduite et que je me dois de partager avec les lecteurs de mon blog : TheWomenCity est un site communautaire sur lequel vous pouvez consulter des infos, gagner de l'argent et organiser votre emploi du temps en fonction de vos envies! Il regroupe plusieurs sites partenaires (3 Suisses, bebloom, cadeaux.com, etam, Fauchon, Fnac, Interflora, Nature et Découvertes, et tant d'autres...), sur lesquels vous payerez moins cher en vous présentant comme membre de The women city, sous forme de remboursement (système de Cashback).

Mais il n'y a pas que ça! The Women City, c'est aussi un magazine féminin "Esprit city" (contenant des rubriques mode, beauté, couple et enfants, bref de quoi lire un bon magazine féminin gratuitement et sans gaspillage de papier)! Il y a des petites annonces, un comparateur de prix, des ventes privées... Un réel plaisir pour moi que de découvrir ce nouveau concept... Pour nous les filles, mais aussi pour notre compagnon, nos enfants, notre nid douillet...

Un vrai choix de boutiques, de très nombreux articles en vente, c'est tout simplement LE bon plan du moment!
Je n'ai jamais vu un site qui vous offrait de l'argent pour acheter!

Donc, j'invite mes lectrices à se rendre sur ce site, qui me semble vraiment prometteur... D'autant plus que TheWomenCity.com est une communauté féminine basée sur la mutualisation du shopping sur Internet. Quésako ? Cela veut simplement dire que plus on sera nombreuses, plus les marchands reverseront de l’argent à la communauté, plus les membres toucheront de l’argent sur leur compte Fidelicity...

thewomencity

Alors... Qu'est-ce que vous faites encore sur mon blog ? Filez sur Thewomencity.com !

Article sponsorisé

Posté par OrangeCannelle à 16:53 - Info - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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