Les Perles de mon Collier

Ou comment profiter pleinement de chaque instant.

samedi 10 janvier 2009

Troisième texte

J'ai appris, presque par hasard, que parmi les participantes à mon jeu d'écriture, nous avions quatre soeurs! Hirondelle, Cantilène, Hélène et Marylo sont donc d'une même fratrie et m'ont envoyé chacune une nouvelle. Nous ne le savions pas en choisissant les deux qui seraient publiées après la gagnante (Zofia), mais il se trouve qu'Hirondelle et Marylo sont ces deux là.
Voilà donc la nouvelle que m'a envoyé Marylo, plus courte mais tout aussi plaisante à lire :



La nuit de la sorcière

Le vent soufflait encore plus fort que d?habitude cette nuit-là. Sans doute parce qu'on était à la veille de la Toussaint.

Bertille résista à l'envie d'aller voir si elle n?apercevait pas sa belle-mère telle une sorcière ricanant sur son manche à balai en cette nuit de Walpurgis.

En dessous d'elle, elle entendit l'autre bouger dans son lit.

« L'autre », sa belle-mère, la Pélagie, l'ennemie. La mère de son amour, Armand. Une véritable purge, un poison insidieux.

Bertille sentit quelques larmes couler sur ses joues. Elle revoyait encore le jour de leur mariage. Comme il était beau son fiancé ! La vie s'ouvrait devant eux et comme ils souriaient, certains que leur avenir serait heureux, puisqu'ils s'étaient trouvés? enfin !

Armand n'était pas tout jeune, il avait 35 ans et s'était résigné à finir sa vie à côté de sa mère, Pélagie lorsqu'il avait rencontré Bertille en allant au marché de Waziers. Il devait remplacer son cheval qui, vu son grand âge, ne pouvait plus faire les travaux des champs avec son maître. Il marchait tout en regardant les maquignons et les chevaux proposés et ne vit pas arriver devant lui la jeune fille avec son panier et les œufs dedans. La collision était inévitable et Armand, Bertille et le panier se retrouvèrent par terre. Armand avait été confus, surtout à la vue des œufs en omelette par terre et dans le panier. Mais la jeune fille avait éclaté de rire à la vue de sa tête et c'est ce rire qui avait mis le cœur de Armand en cage pour toujours par une belle jeune fille qui n'avait « que » 22 ans et dont le rire tintait comme autant de clochettes d'argent.

Ils s'étaient revus et avaient décidé de se marier assez vite, au grand dam de Pélagie, qui avait pris sa belle-fille en grippe tout de suite. Comment osait-elle lui prendre « son » Armand dont elle se félicitait qu'il soit resté célibataire pour s'occuper mieux d'elle. Et ce fût la guerre au moment même où Armand franchissait le seuil de la maison sombre, sa jeune épouse dans ses bras.

Les années passèrent et aucun enfant ne venant illuminer la vie de la chaumière, Armand et Bertille tombèrent dans une mélancolie troublée uniquement par les accès de mauvaise humeur de Pélagie qui continuait à empoisonner copieusement la vie de sa belle-fille.

Et puis vint l'événement qui allait bouleverser la vie des deux femmes. Armand travaillait dans les champs lorsqu'un orage soudain avait éclaté. Un éclair était venu le foudroyer. Armand était mort sur le coup.

Depuis, les deux femmes ne se parlaient plus. Elles vivaient côte à côte comme si l'autre n?existait pas. Le seul moment de tranquillité qu'avait Bertille était lorsqu'elle se tenait sur le seuil de la chaumière en regardant l'endroit où Armand avait été foudroyé, comme si la force de sa pensée et de son amour pouvaient le faire revenir et dans le vent, elle sentait comme sa main qui lui caressait les cheveux.

Pour Bertille, cette vie n'était pas une vie. Armand lui avait demandé au début du mariage de faire un effort pour bien vivre avec sa mère. Il savait qu'elle avait un caractère impossible, mais il l'aimait malgré tout. Elle avait résisté à tout : la malignité de sa belle-mère, la mélancolie d'Armand qui, sans jamais rien lui reprocher quant à l'absence d'enfant s'était peu à peu éloigné d'elle, sa disparition, comme s'il avait tellement souhaité disparaître qu'il avait été exaucé et à sa mort, elle n'avait pas voulu le trahir et était restée. Elle savait qu'un jour elle le rejoindrait et que tout serait comme avant. Mieux même puisque Pélagie ne serait plus entre eux, c'est cet espoir qui la faisait avancer jour après jour, engluée dans les chagrins et cette vie qui ne lui semblait qu'une longue succession d'hiver.

Dans la chambre en dessous, Pélagie souriait, comme elle n'avait pas souri depuis bien longtemps. Cette étrangère, cette intruse qui lui avait volé son fils et ne lui avait jamais rien amené que du malheur. Cette fille de rien qui était restée après qu'Armand soit parti, alors que le contraire aurait tellement été plus juste : que ce soit elle qui meure !

Mais cette erreur était en fin réparée ce soir. Elle avait soigneusement aspergé la soupe de l'intruse avec de la ciguë? La mort ne devrait plus tarder maintenant. Elle avait enfin vengé « son » Armand.

Bertille sentit qu'elle avait froid, puis soudain elle ne sentit plus rien, elle souriait à Armand qui venait vers elle, lui ouvrant les bras comme pour aller danser tous les deux.

Ils s'éloignèrent de la maison, main dans la main, sans un regard pour la vieille femme qui souriait, entouré des ténèbres et de la solitude qui allaient, désormais, être son quotidien.

Fin

Et vous, lecteurs, quelle nouvelle avez-vous préféré parmi les trois ?
Quels sont vos avis ?

Posté par OrangeCannelle à 12:06 - Lecture/écriture - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

je suis une inconditionnelle de la deuxiéme histoire .qui a su me tenir en haleine jusqu'à la fin.

En suite celle de zofia qui a su décrire la vie des petites gens d'autre fois;dans toute son injustice,et qui m'à fait réagire.
pour la troisiemme histoire il m 'a manqué l'étincelle qui me fait vibrer quand je lis un récit ou un poeme .

Posté par lolotte, samedi 10 janvier 2009 à 15:38

ma préférence

J'ai beaucoup aimé la nouvelle de Zofia. Un véritable coup de poing dans l'estomac ! Très sombre ... Mais ma préférence va à celle de Marylo (et pas parce qu'elle est ma soeur, promis) parce que j'ai aimé la magie de cette histoire d'amour plus fort que la haine et la mort

Posté par hirondelle, samedi 10 janvier 2009 à 17:02

Coucou

Ouh, je suis très très heureuse d'être la troisième !

Alors, à égalité : les deux premières parce qu'elles ont toutes les deux une magie d'écriture qui se dégage. Celle de Zofia est très sombre, mais on ne peut pas la lâcher. Quant à celle d'Hirondelle : on vibre avec ces deux solitudes qui se trouvent et se réparent.

Deux très beaux textes.

Merci Elsa pour nous avoir permis de jouer encore une fois!

Bizzz
Marylo

Posté par Marylo, dimanche 11 janvier 2009 à 10:29

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